Anthologie des grands poètes lyriques de langues française, accompagnée de quelques échos ou inspirateurs européens.
lundi 23 août 2021
"Il se disait dans son cachot : ..." (René Daumal)
Toi qui t'es oublié dans ce tombeau mouvant (René Daumal)
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| Shawn Dulaney, Upper air, 2019. |
Toi qui t'es oublié dans ce tombeau mouvant,
Colloque (Milosz)
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| K. Winslow, Mountainview Cemetery in Cambridge, Vermont, XXe. |
Sur l'eau d'automne où se mirent des arbres de flamme
- Un vieux vautour a fait son nid d'exil dans mon âme,
Un vieux vautour qui n'aime que la couleur du sang.
Regarde en mes yeux, suavement mourir l'été !
Mon coeur est l'écho de la chère chanson pâlie...
- J'ai cloué la crapaud dégoût au front de la Vie ;
Un hibou dort dans le buste creux de la Beauté.
Laisse tièdement couler sur ta chaire en langueur
Le fleuve d'or balsamique de ma chevelure!
- Sous la rousseur hideuse et chaude de l'herbe mûre
Disparaissent les tombeaux de ceux qu'aima mon coeur!
Solitude (Miloscz)
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| Constance-Marie Charpentier, Mélancolie, 1801. |
Je
me suis réveillé sous l'azur de l'absence
Dans
l'immense midi de la mélancolie.
L'ortie
des murs croulants boit le soleil des morts.
Silence.
Où
m'avez-vous conduit, Mère aveugle, ô ma vie ?
Dans
quel enfer du souvenir où l'herbe pense,
Où
l'océan des temps cherche à tâtons ses bords ?
Silence.
Echo
du précipice, appelle-moi ! Démence,
Trempe
tes jaunes fleurs dans la source où je bois,
Mais
que les jours passés se détachent de moi !
Silence.
Vous
qui m'avez créé, vous qui m'avez frappé,
Vous
vers qui l'aloès[1],
cœur des gouffres, s'élance,
Père !
à vos pieds meurtris trouverai-je la paix?
Silence.
Chanson d’automne (Milosz)
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| Corot, Ville d'Avray, 1880. |
Écoutez la voix du vent dans la nuit,
la vieille voix du vent, la lugubre voix du vent,
malédiction des morts, berceuse des vivants…
Écoutez la voix du vent.
Il n’y a plus de feuilles, il n’y a plus de fruits
dans les vergers détruits.
Les souvenirs sont moins que rien, les espoirs sont très
loin.
Écoutez la voix du vent.
Toutes vos tristesses, ô ma Dolente[1],
sont vaines.
L’implacable oubli neige sinistrement
sur les tombes des amis et des amants…
Écoutez la voix du vent.
Les lambeaux de l’été suivent le vent de la plaine ;
tous vos souvenirs, toutes vos peines
se disperseront dans la tempête muette du Temps.
Écoutez la voix du vent.
Elle est à vous, pour un moment, la sonatine[2]
des jours défunts, des nuits d’antan…
Oubliez-la, elle a vécu, elle est bien loin.
Écoutez la voix du vent.
Nous irons rêver, demain, sur les ruines
d’Aujourd’hui ; préparons les paroles chagrines
du regret qui ment quotidiennement.
Écoutons la voix du vent.
O. V. de L. Milosz, Le
Poème des décadences, 1899
Quatrains (Francis Jammes)
La paix est dans le bois… (Francis Jammes)
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| Renoir, Dans les bois, 1880. |
La paix est dans le bois silencieux et sur




